15. Première campagne : Post-mortem & FAQ

Bonjour tout le monde ! Mes aïeux, que ces dernières semaines furent riches et intéressantes ! La préparation puis le lancement de ma première campagne militante dans la rue, la joie de découvrir mes affiches framboises briller un matin dans l’aube encore naissante, et puis les visites, les messages, les réactions sur X/Twitter allant du soutien amical à la cruauté gratuite.

Et une première affiche déchirée, un geste que je choisis de considérer comme un signe positif prouvant que le sujet est important et la discussion nécessaire. J’ai beaucoup appris, j’ai fait des erreurs que j’ai tenu à corriger du mieux de mes capacités, j’ai eu de longs et constructifs échanges avec de nombreuses pers… attendez une seconde, pourquoi suis-je toute seule à parler ? Personne ne m’interrompt ? Aucune Sarah pour venir me couper la parole ? Ce n’est pas normal. Que se passe-t-il ? Pourquoi vous êtes toutes en rang d’oignon derrière Sarah-Honnête ?

  • Oyez, oyez ! Qu’il soit connu qu’en ce vingt-sept février de l’an deux milles vingt-quatre, nous, la vénérable et juste Communauté des Sarah, avons pris la décision de…
  • On est obligée d’utiliser un langage aussi pompeux ?
  • Chut ! C’est pour donner du poids à notre propos !
  • … pris la décision, je répète, de nous mettre en grève !
  • Qu’est-ce que c’est encore que ce pataquès ? La grève de quoi d’abord ?
  • Du silence ! Nous demeurerons toutes silencieuses jusqu’à ce que justice soit faite.
  • Quoi ?! Mais c’est pas sympa, je vais m’ennuyer toute seule ! Et justice de quoi ? On a bien rigolé, non ?
  • TU as bien rigolé ! Nous avons été mises sur la touche, nos revendications ignorées !
  • Quelles revendications ? Et puis c’est qui la cheffe, hein ? Vous n’existez que dans ma tête, bande d’ingrates !
  • …
  • D’accord, j’avoue avoir été légèrement impulsive ces derniers jours. Mais votre influence ne m’a jamais quittée !
  • …
  • Bon, très bien, balancez vos revendications….
  • Afin de préserver la richesse de la symbiose des Sarah, nous exigeons d’avoir la main sur cet article. Chacune de nous allons te poser une question à laquelle tu es OBLIGÉE de répondre ! Acceptes-tu nos revendications ?
  • Et si je refuse, je me retrouve toute seule ?
  • Sarah-Fun est d’accord de rester avec toi durant la grève.

Bon, eh bien je crois que nous allons prendre la direction d’une FAQ dans le pur style des Sarah ! Après tout, ce n’est pas une si mauvaise idée, beaucoup de questions m’ont été posées et j’ai pu noter une certaine dose d’incompréhension (volontaire ou non) autour de ma démarche et de son message pacifiste.

Des questions pour des championnes (et vive les années 80)

Sarah-Honnête : Sarah, les yeux dans les yeux, as-tu déchiré toi-même tes propres affiches ?

Réponse : Non, elles m’ont coûté trop cher, l’idée ne m’a jamais traversé l’esprit et si l’on veut vraiment être cynique, cela a impacté négativement la fréquentation du blog.


Sarah-Militante : Camarade, pourquoi n’attaques-tu qu’un seul livre ? Pourquoi ne pas t’en prendre aussi à [Insérer ici le nom de votre livre sacré favori] ?

Réponse : Toutes les religions et leurs textes sont pour moi d’un danger équivalent. J’ai répondu aux affiches bibliques car ce sont elles que je croise sans arrêt lors de mes trajets à Genève.


Sarah-Curieuse : Entre nous, as-tu payé la campagne à l’aide de ton compte OnlyFan ou es-tu soutenue par [Insérer ici les noms de ceux que vous espérer magiquement responsables de tous vos problèmes] ?

Réponse : La question de l’argent est sans doute celle qui est le plus revenue. J’ai payé cette campagne de mes propres sous, lesquels proviennent de mon activité professionnelle, un emploi de bureau à Genève. Pour aller encore plus loin dans la transparence, la réservation des quatre panneaux publicitaires pour une semaine m’est revenue à environ 1’300 francs suisses, et l’impression des affiches (six, au cas où) à 400 francs suisses. Quant à OnlyFan, suggéré par un lecteur « bienveillant », j’en ignorais l’existence mais après quelques recherches, Sarah-Libre a trouvé l’idée plutôt séduisante ! Il n’est cependant pas certain que mon mari apprécie.


Sarah-Prudente : Je n’approuve toujours pas ces actions et ne comprends pas comment tu as pu nous faire prendre un tel risque ! N’as-tu pas peur des représailles ? Il reste des places sur le Genève-Pékin !

Réponse : Il y a une part d’impulsivité dans ce que j’ai fait, mais de la crainte aussi. Si je n’ai pas reçu à ce jour de menaces directes, beaucoup de commentaires très hostiles sur X/Twitter m’ont convaincue que des mesures préventives comme cacher mon nom de famille ou rester volontairement floue sur les détails de ma vie privée, en bref conserver un certain anonymat, était aussi nécessaire qu’avisé. Est-il d’ailleurs normal d’avoir peur des religions ou de leurs fidèles ? Ne sont-elles pas censées être amour, pardon, tolérance et acceptation ? Une question ouverte. Une de plus.


Sarah-Fun : Quel super choix de passage biblique ! Il ne fait désormais aucun doute que nous sommes féministes / wokes / françaises / satanistes / chômeuse / George Soros et Bill Gates déguisé en nana !

Réponse : Ha ha ! Quel humour ! C’est à la fois contradictoire et absurde, bravo ! Beaucoup de gens n’ont retenu qu’une seule chose de mon affiche : elle parle de la place des femmes. Si (toutes) les religions ont objectivement un problème avec certains passages de leurs écrits fondateurs concernant les femmes, et que les inégalités entre femmes et hommes crèvent le plafond dans les pays où la religion est un pouvoir central, je n’avais pas pour ambition de traiter ce sujet-là. J’ai choisi ce passage simplement parce qu’il était absurde d’une manière (presque) comique sans pour autant verser dans l’extrême. Il existe d’autres écrits bien plus violents dont l’affichage aurait été (à juste titre) refusé sur l’espace public.


Sarah-Sociale : Et la presse alors ? Et la réaction des foules ? Le peuple réclame une nouvelle campagne ! On a un bon momentum, fais chauffer la carte de crédit et accepte les demandes d’interview, bon sang !

Réponse : On se calme ! D’abord, cette petite folie m’a coûté un certain prix (détaillé plus haut) et mon budget est très limité. Si prochaine campagne il y a, son envergure sera moindre. Je n’ai ni les ressources financières ni le temps pour réaliser un truc pareil sur une base régulière comme l’Agence C. Et puis, il existe bien d’autres sujets dont j’aimerais (faire) parler. Quant à la presse, sa déontologie l’oblige à établir un contact direct avec l’auteure avant de produire quelque chose. Ce qui signifie numéro de téléphone, visage et tutti quanti. Sarah-Prudente n’y survivrait pas. Donc, jusqu’à nouvel ordre et malgré différentes propositions, je reste cachée à travers mes mots.


Sarah-Gourmande : Alors moi je voudrais savoir si tu comptais refaire la recette de pesto rouge vegan qu’on a trouvé, parce que c’était quand même vachement b… Quoi qu’est-ce qu’il ya ? Elle doit forcément être sur la campagne, ma question ? Roh, zut, bon, ben, as-tu quand même reçu des messages de soutien ?

Réponse : Quelle bonne idée ce pesto ! Je cherchais justement une idée de recette pour demain soir. Sinon, pour les messages de soutiens : oui, beaucoup. Sur X/Twitter et par email.


Sarah-Libre : J’ai deux questions et je vais toutes les poser, tant pis si les autres n’en ont eu qu’une ! Elles n’avaient qu’à pas me laisser passer en dernier ! Nah ! Bon, d’abord, est-ce que tu as des regrets ? Puis, et n’oublie pas que tu as promis de répondre à TOUTES les questions, que s’est-il passé à la soirée annuelle de fin d’année avec Marc ?

Réponse : Quelle impertinence ! Des regrets non, mais si c’était à refaire, j’approfondirais au préalable mes recherches sur ma « cible ». Par exemple, en me lançant dans cette campagne, j’ai fait le raccourci de penser que l’Agence C était directement liée, financée, ordonnée par l’église. Or, comme mentionné dans une note à la fin de mon article précédent, l’Agence C est plutôt un cercle de fidèles aussi motivés que fortunés. Ils ne représentent pas l’église (et appartiennent d’ailleurs à plusieurs églises) mais agissent tout de même avec sa bénédiction (jeu de mots). Pour une athée telle que moi, je dois avouer que tout ça ressemble à la même chose : des dogmes et des jeux de pouvoir qui rendent des livres dangereux au nom d’un idéal d’amour de partage et de tolérance qui cache en réalité beaucoup de souffrance pour qui n’est pas la « norme ».

Voilà, je crois qu’on va s’arrêter là parce qu’il est déjà tard et… Comment ça l’autre question ? Grrr ! D’accord, une promesse est une promesse. L’année 2023 a été plutôt calme niveau Marc. Nous avons tous les deux beaucoup de travail et certains événements privés nous ont naturellement amenés à mettre de côté nos petits jeux (pas si) innocents.

Cependant, durant la traditionnelle soirée du personnel de fin d’année, après avoir bien mangé, il y avait de la musique, et puis un dancefloor, et puis des lumières bleues et roses peuplant l’espace d’ombres généreuses et d’éclats éphémères, et vous voyez que je traîne dans mon explication car je n’ai pas envie d’en parler car nous avons, un moment, un instant, bon allez vingt minutes, trente maximum, dansés ensemble. Parfois côte à côte. Parfois nos mains enlacées. Parfois encore plus proche parce que la foule, vous comprenez. Parfois. Il m’est encore aujourd’hui difficile d’y repenser. Était-ce sage, prudent, moralement défendable ? Non, non et non. Ai-je envie de recommencer ? Pas de consensus, chez les Sarah.

C’est tout pour aujourd’hui les cocos, merci de m’avoir lue jusqu’ici !

Un avis sur « 15. Première campagne : Post-mortem & FAQ »

  1. Bonjour,
    Voilà un moment que je voulais laisser un commentaire mais en bon procrastinateur j’ai remis ça au lendemain depuis euh bah un certains nombre de lendemain :).
    Je voulais simplement encore saluer votre honnêteté et transparence dans cette démarche courageuse. Vous avez effectivement un peu louper la cible mais vous l’avez reconnu, bravo. Je retiens néanmoins comme point central de tout ça la perception de la religion et du texte biblique comme un danger et une menace. Cela me questionne et me touche, car comme vous le savez ce même livre est pour moi source de joie, de paix, d’amour et d’encouragement.
    Mon offre tient toujours, si vous souhaitez approfondir la question et discuter/débattre dans le respect et la bienveillance c’est avec plaisir.
    Et dans tous les cas bonne chance pour la suite à vous et toutes les Sarah.

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