3. Meurtre à petit feu

Bon, il semblerait que je me sois un peu laissée emporter dans mon article précédent. Pas que je le regrette, hein, mais le conciliabule des Sarah tenu le soir même ne fut pas des plus simple, au grand dam de mon mari.

Petit extrait des minutes de ma chambre à coucher, vendredi soir, à 23h30 :

– Sarah, qu’est-ce que tu fous ? T’arrêtes pas de bouger depuis un quart d’heure !
– Désolée. J’arrive pas à dormir.
– Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?
– Rien. Des trucs du boulot.
– Tu veux en parler ?
– Nan, rendors-toi.
– OK. Mais essaie de rester tranquille.

Donc voilà, après moult discussions dans ma tête, l’une d’entre nous, je ne sais plus laquelle, a obtenu gain de cause : le prochain article sera un truc sérieux.

Attachez vos ceintures, les enfants, car nous allons aujourd’hui parler de… suspense… LE TABAC ! Comment ça, c’est pas français « de le tabac » ? Oui mais non mais zut, à la fin, c’était pour l’effet théâtral du truc !

Pour celles et ceux qui me (re)connaissent, c’est-à-dire j’espère personne, vous pouvez attester de mon aversion pour le tabac, et plus particulièrement pour la cigarette. Je veux dire par là que si j’étais présidente, ou mieux, dictatrice, ça rigolerait moins chez les fumeuses·eurs. Afin d’illustrer mes propos, je passe un instant la parole à Sarah-Miliante, et m’excuse d’avance pour ce qui va suivre (vous allez vite comprendre) :

  • Camarades ! Attendez, merde, on dit quoi au féminin ? La même chose ? Bon sang mais je défends comment, moi, la cause féminine, avec des mots pareils ? Bref, passons, ce sera pour une autre fois. Camarades, donc ! L’heure est grave. La cigarette et l’industrie du tabac entretiennent une dépendance physiologique forte sur la population qui rend impossible tout débat rationnel. La logique n’a absolument aucun effet sur les victimes de ce fléau séculaire. Pour combattre, il nous faut des armes fortes, des mesures brutales à la hauteur de la perfidie de cette substance. Le pognon, on le sait, ça marche, et l’augmentation progressive des prix du tabac donne des résultats encourageants, bien que tout ça reste trop lent à mon goût. C’est vrai, quoi, avec un paquet à cinquante balles, je peux vous dire que certaines·s vont commencer à remettre en question leur petit plaisir égoïste. Mais ce n’est pas suffisant. Afin de gagner cette guerre une bonne fois pour toutes, je propose l’introduction de trois nouvelles mesures choc. Primo, ne permettre de fumer, au choix, que sous la pluie, sur un pied, ou habillé de vêtements fluorescents. Deuxio, ou secundo, j’en sais rien et l’usage élitiste du latin me gonfle chaque jour davantage, n’autoriser que les cigarettes parfumées à l’ail, au fromage ou à la moutarde. Tertio, que chaque unité de mille cigarettes vendue donne lieu à une coloscopie obligatoire pour l’ensemble des membres du conseil d’administration de la marque concernée. Avouez que c’est plutôt logique et réglo, comme système, non ? C’est tout pour aujourd’hui.

Voilà voilà. Je vous avais prévenu, hein, c’est du sérieux ! Bon, d’accord, Sarah-Militante y va vraiment fort, et quand je vois le mal que certaines·s ont à accepter ne serait-ce qu’un droit universel à l’amour, au mariage et à la parentalité, je me dis que c’est loin d’être gagné.

Non, ce dont je souhaite vraiment vous parler aujourd’hui, moi, d’une manière plus posée, c’est d’altruisme.

Je comprends tout à fait qu’il n’est pas simple d’arrêter de fumer. Et, à la différence de Sarah-Militante, je comprends également, dans les grandes lignes, la mécanique perverse d’une addiction, qui noyaute notre circuit cérébral de la récompense et corrompt notre jugement. Les fumeuses·eurs sont avant tout les victimes d’une prise de contrôle chimique, orchestrée par des entreprises, qui, avouons-le, mériteraient amplement d’être poursuivies pour crime contre l’humanité. Ce ne sont bien sûr pas les seules. Cela n’enlève rien à leur culpabilité.

Mais tout de même. Serait-ce trop demander à ces personnes, sans pour autant remettre en question leur statut bien réel de victime, de se préoccuper de l’effet que leur addiction a sur les autres ? La fumée sent mauvais, s’accroche aux vêtements, aux cheveux, et demeure surtout néfaste, quelle que soit la dose, la distance et le temps d’exposition. Elle est toxique, dangereuse, dérangeante même pour une personne à dix mètres de vous qui attend sagement son bus. Beaucoup moins que si vous étiez à cinquante centimètres d’elle, on est d’accord. Mais dans l’absolu, vous l’empoisonnez quand même.

Il faut bien mourir de quelque chose, m’a dit un jour un con. On a bien le droit de vivre, m’a une fois glissé un parfait abruti incapable de réaliser l’ironie de son association entre vie et tabac.

Laissez-moi vous donner un petit exemple de mon cru, afin de changer de perspective, voulez-vous ? Non ? Eh bien tant pis, c’est mon blog et je fais ce que je veux ! Na !

Je suis une adepte de la course à pied. Une quasi-addict, pourrait-on même ajouter. Imaginez une seconde que je sorte pratiquer mon sport adoré. Je m’élance, trottine, les kilomètres s’accumulent, il fait chaud, le temps passe, je transpire, même que je sue à grosse goutte. Arrive un arrêt de bus, je ralentis, histoire de reprendre mon souffle, et profite pour épousseter la sueur de mon bras, aspergeant au passage les gens qui m’entourent. Je traverse ensuite la terrasse bondée d’un café, secouant mes cheveux sales, dispersant les gouttelettes produites par mon corps sur des clientes·s en train de manger.

  • Ce qui serait drôle aussi serait de t’éponger les aisselles avec la serviette d’un client pour ensuite la lui frotter sur le vi…
  • Stop, Sarah-Fun ! On a dit qu’on restait sérieuses, aujourd’hui !

Où en étais-je ? Ah oui, le partage de ma transpiration. Vous voyez le tableau, n’est-ce pas ? Ce serait protestations à tout-va, injures et colères à mon encontre. Mon activité, mon petit plaisir personnel, dérange et incommode les autres.

Et pourtant, même ma sueur la plus abondante ne représente pas le quart de la moitié du danger qu’une fumée, n’importe quelle fumée de combustion soit dit en passant, y compris celle d’une bougie, ferait peser sur la santé de mon entourage. En fumant, vous ne dérangez pas simplement les gens qui attendent, mangent et vivent autour de vous. En fumant, vous impactez négativement leur santé, à ces gens, et sans leur demander leur avis ou leur laisser le moindre choix.

  • Marc, il fume pas, lui, et contrairement à ton mari, je suis sûre que ça ne le dérange pas de glisser sa main dans ta…
  • Ça suffit Sarah-Libre, purée de purée ! C’est qui la cheffe, ici, hein ? Bon, alors ?

Votre rapport à la cigarette ne regarde que vous. Mais s’il vous plaît, de grâce, pensez aux autres de la même manière que vous exigez d’eux qu’ils pensent à vous.

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